daily prophet

La Coupe de Quidditch britanique touche à sa fin. Les Hollyhead Harpies sortent vainqueurs du tournoi et la fête bat son plein. La rebellion, elle, murmure (+).
Les tensions montent alors qu'un nouveau revenant est enfermé à Azkaban pour le meurtre "accidentel" de sa fiancée.
Teatime with the Queen : Buckinghamshire est voté le county préféré des sorciers immigrants.



 


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 we were only as happy as they allowed us to be.

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Sujet: we were only as happy as they allowed us to be.   Lun 11 Déc - 1:05


Dix jours. Une éternité qui s’achève. Phaedre ignore ce qu’il avait en tête. Peut-être n’en savait-il rien lui même. Mais le délai s’achève dans la plus stricte indifférence. Ni lettre, ni visite. Pas même une rumeur qui enfle et vient jusqu’à ses oreilles. La sorcière est seule dans le silence de sa chambre, ne sachant s’il lui faut être soulagée ou inquiète. Partagée entre des émotions contradictoires, elle n’en mène pas large. Le sursis qui prend fin sonne le début d’un nouveau conflit qui couve depuis trop longtemps. Il lui faut parler à son père. Oreste, au charisme saisissant, au regard implacable. Oreste, dont les jugements comptent tant pour l’aînée, en quête d’une approbation qui ne viendra jamais. A présent, elle le sait. Ses efforts consentis, envolés, partis en fumée. La fille s’apprête à avouer au père qu’elle n’a rien de l’héritière qu’il a voulu forger. Déception, erreur, honte sur un arbre généalogique qu’elle voulait perpetuer. Mais elle ne sait pas, Phaedre, si son dessein est de donner la vie. Elle l’ignore, et préfère qu’il en reste ainsi. Au souvenir d’une douleur infinie, de ses entrailles qui se déchirent, de ses cris qui ne trouvent nul écho, elle se referme. Ce déni qu’elle s’impose, ce deuil qu’elle se refuse, sont autant de raisons d’aller trouver son père. Elle refuse le mariage, une éventuelle maternité. Cette douleur était trop intense pour rester sans conséquences. Elle s’est ainsi persuadée, Phaedre, qu’elle n’était bonne qu’à tuer. Fiancés, enfants… Un même destin précipité, une même coupable.

Elle tourne en rond. Une minute, une heure. Le bruit du parquet pour seule distraction. Dans son esprit, mille phrases qui se bousculent. Certaines franches, d’autres plus travaillées. Le doute, chaque fois, qui l’empêche d’achever ses pensées. Et brusquement, elle cesse ses tours, ouvre la porte et file jusqu’au bureau de son père. Vide. Les escaliers descendus quatre à quatre. Des voix sourdes qui la guident jusqu’à la bibliothèque. Et par la porte entrebâillée, l’infamie qui s’impose à sa vue. Il est là, le père. Mais il n’est pas seul. Mulciber se tient près de la cheminée. Affolée, elle recule. Trop, et percute un vase qui se brise au sol. Son père file jusqu’à la porte, qu’il ouvre sans ménagement. Sévère, il ordonne. « Entre. » A son contact, Phaedre est comme une enfant. Polie, docile, intimidée. Elle obéit, les mains jointes et les jambes tremblantes. D’un signe de tête, il l’invite à parler, il sait que sa présence n’est pas due qu’aux écoutes. « Je… Elle hésite, il s’impatiente. Tapant sur le rebord de son verre pour signifier son agacement. Phaedre n’en bafouille que davantage, avant d’enfin aligner quelques mots qui font sens. Il m’a parlé de vos projets. » Un index pointé sur Roderick, elle est pourtant loin de regarder dans sa direction. Seul son père est digne d’être vu. « Et je vous supplie de ne rien en faire. » Elle déglutit avec difficulté. La présence de l’héritier de lui dit rien qui vaille. Elle redoute une conversation dont elle n’a pourtant rien entendu. Elle espère qu’il n’a pas oublié ses paroles, son choix de rester seule, sa volonté d’en finir avec ces unions qui ne mènent qu’à sa ruine. « Il ne vous a pas échappé que notre court moment de folie n’a amené que honte et désolation sur nos familles... » Et ruiné tout lien d’amitié avec le clan Slughorn, manque-t-elle d’ajouter. Mais tout ceci, il le sait, il ne se prive pas de lui rappeler. Il lève la main pour la faire taire, et Phaedre s’exécute. Son coeur s’emballe, pressé de bondir hors de sa poitrine. « Je me suis entretenu avec Roderick. Ses arguments sont plus flatteurs que les siens, Phaedre. Je te pensais davantage résolue à accomplir ton devoir. Comme ta soeur avant toi. » Maebh a été aimé. S’est mariée par amour. Aucune comparaison possible, mais Oreste s’en moque bien, il a l’effet escompté. Le rouge qui monte aux joues de sa fille, la jalousie qui refait surface. Et la conviction que l’aînée n’a d’autres choix que de se plier à sa bonne volonté. « J’ai rendez-vous au ministère, alors cesse de me faire perdre mon temps. Roderick est notre invité, traite-le comme il se doit. » Un signe de tête vers le Mulciber, et Oreste referme la porte de la bibliothèque derrière lui. Phaedre peut entendre le claquement de la poudre de cheminette qui emporte son père au loin.

Il n’y a plus qu’elle. Et lui. Lui, qu’elle ne voit toujours pas. Les poings serrés, le regard vide, Phaedre tente encore de démêler le court échange qui vient de la mettre ko. Doucement, elle relève la tête. Quand ses yeux croisent ceux de Roderick, on la croirait prête à lancer des éclairs. Elle ne dit rien, elle ne sait pas. Elle craint le silence qui s’installe autant que les mots qui pourraient le briser. Quoi qu’il dise, elle a perdu.

 
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Lun 11 Déc - 2:10


Son sursis épuisé, Roderick a pris la seule décision qui fasse sens. Débouté par son père (ô combien était-ce prévisible, ô combien était-ce néanmoins cuisant), Mulciber n’a plus été capable de se dessiner une échappatoire. Il a été tenté de compulser, avec l’aide providentielle de sa généalogiste de sœur, une liste de prétendantes dont le nom aurait valu celui d’une Rosier. Quelle erreur ça aurait été, de démontrer en plus tout le besoin qu’il a, ou stupide ou désespéré, d’échapper à cette union. Kenneth aurait flairé l’affaire car tout le scandale doit descendre de sa chair et de son sang. Le délai écoulé, son fils a donc fait l’unique choix raisonnable, et gravi le perron de la maison Rosier.

En présence d’Oreste Rosier, Roderick n’est pas pleinement tranquille. Sa cicatrice impressionne, surmontée d’un charisme effroyable. Ou bien est-ce l’inverse. Reste que le jeune mangemort n’embarrasse pas le patriarche de politesses et simagrées. Pour mieux légitimer l’entrevue, il se fait l’émissaire de son propre père, et les deux hommes ont en effet convenu d’une entente qu’il est, semble-t-il, temps de sceller. On aura mis trente ans à rapprocher les deux familles. Il en faudra peut-être autant, qui sait, pour les unir durablement. « Compte tenu du déshonneur que mes actions passées ont jeté sur votre lignée, mon père est disposé à négocier la dot au moment qu’il vous plaira. » Si c’est exceptionnel, ce n’est presque pas une affaire d’argent ; Rosier et Mulciber en ont assez pour se bâtir un nouveau-Londres. L’influence, en revanche, ne sera pas modeste, sans compter que Roderick n’a aucun frère pour lui disputer l’héritage de toute sa maison. Oreste en est sans doute conscient. Et, d’ailleurs, ces peu de mots ne sont qu’un prétexte, l’approbation formelle du fils aux vœux du paternel. S’il avait pu en être autrement, ces dix derniers jours l’auraient accompli.

Ils ne se disaient plus rien de valeur lorsque le fracas extérieur attire les regards conjoints. Comme il n’est qu’invité en la demeure, Roderick tient en place, les doigts, par pure mécanique, enroulées autour de sa baguette, dans le fond de sa poche. À la vue de Phaedre, et de son air peu commun et qu’il n’est pas désagréable de contempler, un rictus ironique traverse la bouche de Mulciber, aussitôt évincé. Elle est curieusement gamine (et il oublie un peu rapidement qu’il est pire). Le silence devient vite encombrant – irritant pour le créateur, amusant pour l'ancien amant. Celui-ci la regarde tenter ce qu’elle avait promis, il y a dix jours, au cabaret… Bien qu’elle ait en quelques sortes honoré sa demande, il n’éprouve aucun à l’avoir devancée. D’une certaine façon, il le fallait. Il ne pouvait pas la laisser se déprécier, abandonner.
L'échéance tangible, il est apparu à l'héritier de Kenneth qu’il lui serait possible d’épouser Phaedre. Non que le cadavre ne transpire pas entre eux dès l'instant où il ferme les yeux, c’est seulement qu’à lutter, le tourment sera pire et, qu’en attendant une idée susceptible de ruiner ces plans homicides, il aura des raisons et toute la légitimité d’être en sa présence et de lui imposer la sienne.

Roderick se détache de la cheminée qui faisait son giron, pas dans une tentative d’approcher Phaedre mais plutôt d’éloigner la probabilité que son crâne n’en rencontre la bordure. Il mérite l'intensité de ces pupilles sur lui, et au demeurant il s'en fiche. Leurs fiançailles débutaient sous les pires auspices... Il ignore bien comme il pourrait assombrir le piètre tableau, d'aucune façon. « Tu ne vas pas vouloir entendre que je l'ai fait dans ton intérêt mais je l'ai fait dans ton intérêt. » Le débit est soutenu, parce qu'il craint (à raison) qu'elle ne l'interrompe ou qu'elle (à plus forte raison) ne lui fracasse la tempe sur le bois massif. « Ils nous auraient mariés de toute façon. Quand j'ai parlé à mon père... » Il était si buté, si certain. Et en droit de lui imposer sa vision. La froideur de sa réaction glace encore le garçon. « J'ai essayé, plaide-t-il presque autant qu'il se plaint. Tu vois bien comme ils sont... » Tout-puissants.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Lun 11 Déc - 19:22


« Mon intérêt ? » Phaedre se laisse tomber dans un fauteuil tout proche. Appuyée sur l'accoudoir, la tête dans la paume de sa main. Un long soupir ponctue chaque propos de Roderick. Elle est lasse de lui répondre, désormais convaincue qu’il ne l’écoute pas. Chaque vœu qu’elle a formulé a tout simplement été ignoré. Le Mulciber fait d’elle ce qu’il désire, même lorsqu’à l’évidence, il n’est pas enchanté par ses propres choix. Elle ignore quel besoin il a d’interférer dans son existence. Phaedre ne demande rien, jamais. Ni à lui, ni à aucun autre. Son existence n’est que le fruit de choix imposés, de dilemmes tués dans l’oeuf. Personne pour se préoccuper des désirs de l’insignifiante aînée des Rosier. Fade jusque dans ses colères, Phaedre se sent abandonnée de la seule personne à laquelle elle a trop parlé. « Je n’aurais pas dû accepter cette danse. C’est là que tout a commencé. » Un murmure, la mort dans l’âme, un regret qui vient mourir au creux de ses lippes, à peine audible. Un instant, elle se tait, laissant ses pensées grouiller de mille solutions pour rattraper l’incompétence de Roderick. S’il avait eu la moitié de son courage, chose dont elle doute sincèrement, ils auraient pu échapper à cette union maudite.

L’espoir est vain, mais Phaedre tente malgré tout. « Ma soeur. Est-ce que tu leur en as parlé ? » Elle daigne accorder un regard à Roderick, délaissant la paume de sa main pour lever ses deux billes jusqu’à lui. La colère s’est dissipée. On lit sur ses traits un découragement peu commun. Phaedre se sent seule, et la présence de l’héritier ne fait qu’accentuer ce sentiment. Il est, après tout, celui qui a précipité ses maux. « Ou Ariadne. Tu dois bien ça aux Slughorn. Cette idiote de Weasley ? Ils ne demandent qu’un signe de notre part pour trahir et nous rejoindre... Une fille Avery ? » Elle se relève brusquement, commence à tourner en rond devant le feu de cheminée. L’espoir est mort, mais l’espace d’un instant, il renaît. A chaque pas, un nouveau nom, un semblant de solution. Roderick avait bien tenté, dix jours plus tôt. Mais Phaedre n’écoutait pas. Cette fois, elle mène la danse. « Est-ce que tu as parlé à ton père comme un homme, ou comme le gamin que tu deviens quand il est dans la pièce? » Elle l’a vu, Phaedre, se rapetisser comme un enfant, se raviser, se taire, acquiescer sans combattre. Ils sont tous ainsi, ces paons sans courage, ignorant le panache et l’exploit. Leurs aînés impressionnent, et il y a de quoi, leurs propres enfants ne savent même pas se dresser devant eux. Phaedre, enfant comme les autres, a tenté malgré tout. Sans Roderick pour saper ses plans, peut-être Oreste aurait-il tendu l’oreille. Une part d’elle se sait dans l’erreur. L’autre enrage de ne jamais le savoir.

Elle a cessé ses cercles devant le feu de cheminée pour s’arrêter brusquement devant l’héritier. Ses yeux sévères le dévisagent. Elle ne cherche pas à masquer sa déception, Phaedre. L’idée de s’unir à Roderick l’aurait ravie. Elle disait vrai, dix jours plus tôt. En d’autres temps, elle aurait pu se réjouir de l’avoir pour époux. Mais ces disputes, ces souvenirs qui l’étouffent, ce mépris qu’il affiche sont autant de raisons pour elle de maudire cette alliance. « Est-ce que c’est vraiment dans mon intérêt de t’épouser ? De devenir une Mulciber, propulsée dans la lumière ? Tu me connais vraiment si peu ? » Elle enchaîne, à peine un souffle, refusant d’être interrompue. « Et devoir supporter ton regard... Tu crois que je n’ai pas remarqué ? Tu oscillais entre dégoût, colère et mépris à chaque fois que tes yeux se posaient sur moi. » Sa voix se casse, ce constat est amer. Elle aurait voulu lui inspirer autre chose que du dédain. Mais Roderick ne semble voir en elle que la coupable d’un crime qu’elle n’a pourtant pas commis. Phaedre est condamnée à épouser son juge, persuadée qu’il deviendra tôt ou tard son bourreau. Désormais silencieuse, elle croise ses bras contre sa poitrine et s’essaye à lire quelque réaction dans le regard sombre du duelliste.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Mar 12 Déc - 20:13


Dans le revers, Roderick tripote nerveusement la garde de sa baguette. Le bois de tremble roule sous ses doigts, le rythme régulier, la symbiose lénifiante. Il est prêt à tout entendre de Phaedre… prêt à se battre contre elle, si ce doit être leur vie mêlée pour les trente prochaines années (à condition qu’il survive à maintenant). Mulciber a su, dès sa paume dans la poigne d’Oreste, qu’il préférait avoir la fille plutôt que le père contre lui. « Non, je n’ai pas parlé de ta sœur, ne filtre-t-il pas bien son début d’agacement. » Cette obsession qu’elle a de livrer sa cadette en pâture est obscène, en plus de le renvoyer à son défaut de curiosité pour la gamine. En admettant qu’il ait eu l’occasion de marchander la jeune Rosier, Roderick serait honnête avec lui-même d’avouer qu’il veut endurer Phaedre ou vivre le plus loin possible d’elle. Pas d’entre-deux. Pas de presque. Et surtout ne pas entrevoir le visage de l’aînée dans l’expression de la plus jeune, pour toujours. « Tu vas énumérer tout le Royaume-Uni ? » Le ton un brin cassant attaque : elle a dix jours de retard, et aucune proposition qui soit pertinente (il a même un éclat de rire glacial à la mention d’Ariadne).

« Est-ce que tu as parlé à ton père comme un homme…
- Ne commence pas, la prévient-il.
- ...ou comme le gamin que tu deviens quand il est dans la pièce ?
- Tu peux parler, tombe-t-il derechef dans le sarcasme. »

Il est franchement piqué, le petit héritier qui tient tout entier dans l’ombre de Kenneth Mulciber. Alors il riposte avec ce qu’il trouve et d’une répartie assez tiède. Ils ne valent pas mieux l’un que l’autre, et ce n’est peut-être qu’en ces circonstances qu’ils sont assortis.

Depuis qu’elle s’est sortie du fauteuil, Roderick s’efforce de maintenir la distance. Il suit les tracés de sa démarche et s’adapte avec autant de naturel qu’au duel. Écumer quelques sorts ne serait pas incommode, même plutôt émancipateur compte tenu de l’amertume qui crache ses remugles à intervalles de plus en plus réduits. Il en sent la pointe acérée lorsqu’ Phaedre s’immobilise et ne lui laisse plus le choix de regarder ailleurs. Il veut reculer, pas endurant à l’exercice intolérable de fixer la déception droit dans les yeux. Un bref instant, Mulciber aurait voulu être plus ingénieux, plus stratège et plus brave, lui offrir ce qu’elle veut (être libérée de lui ?) ; tout ce qu’elle veut.

« Tu y g… » Il va dire qu’elle y gagne un domaine, un pouvoir primordial et une lignée entière (à ne partager avec personne, que lui) mais Phaedre ne lui concède le répit d’aucune interruption. Roderick se bouffe les lèvres, contrarié et vexé, en plus d’être tenu en respect par l’autorité dans le timbre. C’est pire quand elle en termine de vomir la vérité. Dégoût, colère et mépris. Il n’aurait su comment les étrangler. Et il ne sait s’il les imputera toujours à l’héritière. Elle savait et n’en a rien dit, et lui est harcelé par la probabilité qu’il aurait pu quelque chose, son espoir fût-il insensé mais vital. Disputé jusque dans les tréfonds, il veut dire une chose rassurante et tout à la fois la gifler.

« Tu venais de me briser le coeur. »

La vérité. Contre tout ce que Roderick Mulciber oppose avec opiniâtreté au monde, il opte pour la vérité. « Comment voulais-tu… (Il déglutit.) Comment veux-tu que je te regarde ? »
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Mer 13 Déc - 0:00


Elle veut qu’il hurle, qu’il s'époumone. Pour qu’elle puisse en faire autant, percer enfin l’abcès, lui crier sa colère et sa détresse. Mais il n’en fait rien. Phaedre ne fait qu’égratigner la surface de tout  ce qu’elle a sur le coeur. Et rien en face. Il tente, et se ravise. Il faut qu’elle se taise pour qu’enfin il s’impose. D’ordinaire, il n’est pas tant à l’écoute. C’est d’ailleurs de ce tort que découlent tant de leurs problèmes. Devant sa réponse, elle reste interdite un instant. Cet aveux la surprend. Ses yeux s’arrondissent, mille questions se pressent à ses lèvres, des plus douces aux plus amères. Pourtant, toutes s’évanouissent avant d’être formulées. Toutes, sauf une qui s’échappe, hésitante. « Et mon coeur à moi ?  » Elle s’interroge, peinée. Ils sont là deux égoïstes, incapables de voir en l’autre cette douleur qui pourtant les assaille eux-même. Seulement préoccupés par leur propre personne. Phaedre veut bien l’avouer, elle considère sa douleur comme prévalent sur tout. C’est son drame, son mal. Ses souvenirs qui se bousculent et son sommeil qui la fuit. Elle était la matrice, elle s’est muée en faucheuse. Roderick est peiné, mais lui n’est pas fautif. « J’ai bien assez de la haine que me renvoie le reflet du miroir. Je n’ai pas à supporter la tienne. Ca n’est pas ma faute. » Affirmé sans conviction, la voix tremblante et les genoux chancelants. Envolée, la belle assurance. Comme toujours, Phaedre parle de son enfant et ses certitudes volent en éclats.

Elle hésite sur la conduite à tenir. Elle ne veut plus crier, encore moins après cette confession qui ressemble si peu au Mulciber. Un instant, une seconde ou une minute, elle songe à la meilleure réponse à lui soumettre. Comment la regarder ? Comme il le faisait jadis, s’entend t-elle penser. Avec ces yeux qui la rendaient meilleure. L’héritière tait cette réplique et laisse le silence triompher un moment encore. Elle inspire, décidée. « Je ne te demande pas de m’aimer. Pas même de m’apprécier. Mais simplement d’arrêter de me regarder comme si j’étais un monstre. » Indécise, elle s’avance jusqu’à lui. Ses doigts fins s’enroulent autour du poignet du Mulciber. Elle se veut délicate, mais dans sa maladresse, le serre plus que de raison. Phaedre quitte la pièce, entraînant Roderick à sa suite. Sans un mot, par peur que chaque phrase prononcée lui fasse réaliser le pathétique de la situation, elle monte les escaliers et traverse un couloir. Les portraits de ses aïeux la dévisagent, elle sent la désapprobation s’afficher sur leur regard. Sans doute pensent-ils que cet homme à ses côtés s’apprête à souiller le peu d’honneur qui lui reste. Ils font fausse route. Phaedre ouvre une porte et pousse Roderick à l’intérieur. Sa chambre, aux murs blancs et dorés, au calme brusquement perturbé. Ses doigts abandonnent la manchette du sorcier. Elle se détache de lui, les yeux rivés sur le mur à sa gauche. Elle tend sa main vers lui, et désigne un point invisible, entre son lit et une porte close. « Toi tu n’as pas à passer ici tous les jours, à revivre la scène encore et encore jusqu’à en devenir fou. Hypnotisée par ses visions sanguinolentes, elle détourne son regard, plante ses prunelles dans celles de son ancien amant. Tu voulais des détails ? Maintenant tu peux même planter un décor. » Tournée pour moitié vers Roderick, elle tend toujours son bras vers le pan de mur à quelques pas de là. Elle a changé les meubles de place si souvent que le parquet en est par endroit rayé. Elle a brisé des miroirs, enlevé toutes les photos de la pièce. Ne supportant plus son reflet ou les portraits qui la toisaient. Il fut un temps où cette chambre était un refuge. C’est désormais une prison dorée, un lieu, pourtant, qu’elle refuse de quitter trop souvent. Une peine qu’elle s’inflige, des plaies qu’elle laisse ouvertes. « Ca n’était pas ma faute. » Qu’elle répète encore, cherchant plus à se convaincre elle-même qu’à en persuader le sorcier à ses côtés.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Mer 13 Déc - 16:22


Roderick en veut à Phaedre. Il lui en veut. Il se fiche de son coeur. Il a les yeux sur sa propre douleur. Quand il est seul, quand il s’endort, quand il s’éveille, quand il avale n’importe quoi, il lui en veut. Depuis dix jours, presque dix-sept, il lui en veut. Depuis l’instant où la jeune femme lui a avoué la vérité, il est dévoré par l’horreur, asphyxié par son aversion et son ressentiment. Face à tous les faciès, scrutateurs ou indifférents, Mulciber tient bon ; il monte un sourire sur ses lèvres, tamponne son coeur à le faire tenir dans une boîte, verrou scellé, clef balancée. Puis, rien qu’un court moment, il pense à Phaedre. Chaque fois, il est réduit à ce qu’il éprouve à présent : une haine si vive que ses tambours maquillent presque entièrement le souci qu’il a d’elle. Il la déteste. Elle le dégoûte. Il la méprise. C’est un monstre. Son plus violent exploit consiste encore à n’en rien proférer. Comme il ne l’aime ni ne l’apprécie, Roderick dirait : c’est ta faute. Et Phaedre continuerait de prétendre que non.

Bouche entrouverte, pupilles ternes, Roderick ne répond rien, comme de ne pas comprendre ce qu’elle demande ou de ne pas savoir lui obéir. L'héritière à la rose n’est pas satisfaite de son silence buté. Ses doigts se referment sur Mulciber, qui ne pense pas à se défendre et la suit aussi docilement que s’il était vidé de sa conscience. Il comprend tout de suite qu’elle veut lui montrer quelque chose – pas la sortie, puisqu’ils escaladent les marches. Roderick est soucieux, anxieux qu’on les surprenne tandis que la brune ne le relâche pas. Croit-elle qu’il va s’enfuir ? ou bifurquer et emprunter son propre chemin ? Un sens très honorable de l’orientation et une connaissance pointue de l’architecture classique le font subodorer leur destination. Par pures mathématiques, il tâche de ralentir, caresse l’espoir de s’échapper. « C’est inutile, s’entend-il bredouiller alors qu’elle le fait entrer dans sa chambre. » Le mangemort est planté dans un endroit qu’il n’aime pas, austère, même dépouillé. Il se demande brièvement qui n’a pas remarqué l’anormal dans cette pièce, puis s’il l’aurait lui-même noté avant qu'on ne l'en ait instruit. Pour l’heure, que lui importe, vraiment. Roderick ne regarde pas où elle montre. Il refuse. « Ce n’est pas ce que je voulais, dit-il à la limite de l’audible. » L’héritier ne sait plus bien ce qu’il voulait mais pas ça ; ni le décor ni la souffrance exsangue de Phaedre. Car elle souffre, et son ancien amant ne manque pas de le saisir puisqu’il s’obstine à ne scruter qu’elle pour ne pas guigner l’ailleurs. « Je ne dis pas que c’est ta faute. » L’objection est mécanique. Il ne le pense pas, ou pas pleinement. « C’est juste… » Roderick n’a pas l’habitude de se confier, d’aucune façon. Il n’exprime rien de vrai. Il brode autour des émotions qu’on lui prête, qui conviennent, qui font vendre et parler, et rien d’autre. Il est imperméable, depuis l’intérieur. Il ne sait ni dire ce qu’il ressent ni si c’est bien prudent de le livrer. À Phaedre Rosier pire qu’à quiconque. Pourtant, il est au bord de s'abjurer, tout près de confesser sa colère ; il est tellement, tellement en colère… et n’a personne à blâmer, à détruire. Sauf lui. Ou elle. Si le duelliste conçoit l'inique de l’holocauste, il n’a pas encore découvert de chemin de traverse pour le soulager, lui, sans la blâmer, elle. « Je ne savais pas que je pouvais éprouver ça. Je ne voulais pas. » On sent l'humeur, la fureur qui grossit et toute son impuissance à la contenir. « Et que tu l’aies voulu ou non, tu m’as obligé. Pourquoi. (L'eut-il demandé à une déité quelconque qu'il n'aurait pas eu l'air plus accablé.) Je veux dire… je veux, je veux que ça sorte de ma tête. » Mulciber s’autorise pour la première fois à l’admettre à voix haute car il croit qu’elle voudrait la même chose.

Au bout d’un moment, il n’y tient plus, la dépasse, la force à cesser de pointer le carré de parquet et s’installe à égale distance de Phaedre et de ses fantômes. « Si j’ai voulu tout savoir, c’est parce que je n’étais pas là. Je n’arrive pas… à comprendre. » Ni comment c’est arrivé ni pourquoi. Où est la justice là-dedans. De quelle manière se lave-t-on le sang d’un tel venin. « Je n’essaie pas de te torturer. Et si tu veux m’entendre dire que tu souffres plus que moi, très bien ! T’as gagné. J’essaie seulement... de faire mon deuil, moi aussi. »
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Jeu 14 Déc - 23:42


Ca n’était pas sa faute. Ses lèvres scellées ne l’empêchent pas de marteler ce mantra pour elle-même. Peut-être finira t-elle par se convaincre qu’elle dit vrai. Que ces semaines d’anxiété n’ont pas nui à sa santé ou à celle de son bébé. Rongée par un mal qu’elle n’a jamais osé dire, elle se conforte dans l’idée qu’à présent, le secret n’est plus. Mais le père de l’enfant n’est pas une épaule pour pleurer. Tout juste bon à empirer ses malaises, à accroître son sentiment d’abandon. D’une oreille, elle écoute ses justifications, mais se garde bien d’y répondre. Elle fixe ses yeux sans jamais les lâcher. Elle sait qu’en cet instant, elle est son point d’ancrage, elle le voit éviter du regard tout ce qui ne serait pas elle, tout ce qu’il pourrait raccrocher à une histoire qu’il ne veut plus entendre. L’héritière est blessée, mais elle n’est pas cruelle. Elle tolère son regard sur elle, se refuse à fuir à le laisser s’enfoncer seul. Tant qu’il cesse de l’accuser de tous ses maux.

« J’ai fait ce que tu m’as demandé... » Elle n’a que le temps d’en placer une, et Roderick poursuit. Elle voudrait l’arrêter dans son monologue, interrompre cette injustice qu’il cautionne. Phaedre n’aurait jamais évoqué le sujet, si ce choix n’avait été que le sien. Mais lorsque le Mulciber avait ordonné la vérité, elle n’avait pas pu mentir sciemment. L’omission était une chose, le mensonge en était une autre. Même ainsi traitée, elle n’en regrette rien. Deux ans plus tard, elle se trouve soulagée d’un poids qu’elle a transmis à son ancien amant. Il s’avance, la frôle pour saisir son bras et l’empêcher de pointer son index en direction du mur. Elle recule d’un pas, masse son avant-bras et fusille Roderick du regard lorsqu’il achève sa dernière supplique. Elle ne joue pas Phaedre. Et ne veut pas gagner, sinon le droit de retrouver des nuits sans cauchemars. Bien sûr que sa peine est plus forte, plus tenace, plus vivante. Parce qu’elle était là et qu’il ne l’était pas. Parce qu’elle a connu la douleur physique, et pas seulement morale. Qu’il lui dispute ce titre aurait été surréaliste. Qu’il lui laisse l’est tout autant. « Ca n’est pas en t’en prenant à moi que tu y arriveras. » La voix est douce, dénuée de reproches. Phaedre a presque pitié, à la fois surprise de le voir si marqué et désolée d’en être la cause.

A cette pensée, elle fronce les sourcils. L’instant d’après, elle soulève légèrement sa robe sur le côté, pour saisir sa baguette, coincée entre sa cuisse et son bas. De l’extrémité, elle tapote le bout des doigts de sa main libre d’un air songeur. Quand son regard se reporte sur Roderick, on y lit l’incertitude. Elle lève sa baguette vers lui, d’un geste lent mais sans trembler. « Juste un mot, et c’est comme si tu n’en avais jamais rien su. » L’idée lui déplaît. La perspective de taire ce secret à nouveau, d’être la seule sur laquelle il pèse, est une chose qu’elle ne souhaite pas revivre. Mais s’il souffre, s’il n’a pour elle que ce regard de haine ou cet air misérable, alors c’est un sacrifice auquel elle consent. Phaedre ne voit pas son mariage se bâtir dans cette haine mutuelle qu’ils développent depuis des jours. Elle l’avait aimé, autrefois. Elle serait folle de l’avouer, et idiote de croire qu’il ait pu éprouver quoi que ce soit de similaire. Mais il reste pour lui un semblant de tendresse qui l’invite au sacrifice. S’il le souhaite, elle l’aidera à oublier. « C’est ta chance de retourner à ta vie dissolue. » Celle qu’il accuse d’avoir brisé son coeur est celle qui lui offre une porte de sortie. Sa baguette sous le nez de du Mulciber, prête à exécuter ce qu’il lui ordonnera. Phaedre n’est pas mariée qu’elle est déjà docile, prête au compromis. « Parce qu’il n’y a rien d’autre à comprendre. Il n’est pas là, il ne le sera jamais. Il n’y a que toi et moi. On est dans le même bateau, tous les deux, et puisque tu n’arrives pas à le comprendre, c’est surement la meilleure chose à faire. » Elle resserre son emprise sur le bout de bois et prend position sur son pied d’appui. Qu’il choisisse bien, Roderick. Parce qu’elle ne supportera pas une vie entière à l’image de ces dernières semaines.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Jeu 21 Déc - 14:56


Foncièrement, Roderick le sait : accabler Phaedre ne le soulage pas.

Voilà quelques jours qu’il est tout près de se hasarder à une confession devant Ethel. Ainsi, il se disputerait avec quelqu’un sans non plus avoir à s’excuser d’être un salaud faiblard et égoïste. Lorsque sa sœur serait lassée de l’écouter geindre, et qu’il l’aurait assez accusé de mille choses qu’elle n’a pas commises, elle trouverait le moyen de le faire taire et d’étouffer son marasme de celui qui ne peut rien. La contrepartie est épouvantable, néanmoins, et son secret si fragile et si précieux qu’il se demande parfois comme il a pu le tenir aussi longtemps. Deux ans plus tôt, Ethel revenait d’un mariage immonde et lui s’extirpait d’Azkaban ; ils n’ont jamais discuté de Phaedre. En vérité, Roderick ne l’a jamais discutée avec qui que ce soit, ni d'ailleurs frôlé de le faire. Il a cessé de penser à elle, jusqu’à cet après-midi de quidditch.

Son attention est fragmentaire, tantôt tournée vers elle tantôt tournée vers lui. Roderick erre en-dedans, à la recherche d’une réponse ou, plus urgemment, d’un moyen de fuir cette chambre. Qu’aurait-il fait, à une époque, pour s’y trouver confiné, avec elle ? Ce sont peut-être les digressions de sa mémoire qui le troublent car le mangemort ne comprend pas tout de suite ce qu’elle manigance, les doigts dans les revers de sa robe – une incertitude qu’il achève d’endurer d’un très prosaïque : « Qu’est-ce que tu fais ? » Ses semelles frottent le parquet, rien que d’un demi pas en arrière, dès la baguette dressée dans sa direction. Plus que la crainte, c’est un flottement qui traverse la figure. Phaedre n’a pas l’air des carnivores qui lui veulent du mal dans les profondeurs de la carne. « Arrête ça, est la première chose qui filtre de ses lèvres. » D’abord, parce qu’il déteste vivre sous le feu du bois. Ensuite, parce qu’il saisit l’ignominie de la proposition. Au grand jeu des souvenirs, et de leur trafic, Roderick Mulciber est celui qui a souvent perdu sans jamais rien savoir des règles ; lui reste un impayable sentiment d’indignation à l’idée, même abstraite, qu’on puisse lui extorquer ses éclats, vifs ou ternes, délicieux ou mortels.

« Il n’y a rien d’autre à comprendre, fait-elle la menace et le châtiment.
- Tais-toi, il rétorque, et supplie, tout bas.
- Il n’est pas là, rappelle-t-elle. Il ne le sera jamais.
- Arrête ça, Phaedre ! »

Un revers gifle la mire du chêne rouge à la plume d’hippogriffe. Il est tenté de saisir la baguette à pleine main et de la jeter dans quelque direction. De crainte que la sorcière ne prenne sa rebuffade pour du danger et n’exécute un sort à la va-vite (en plus de n’être jamais volontaire à dégainer la sienne), Roderick fend l’air à la paume et s’écarte. Il ne veut pas oublier. C’est beaucoup plus complexe que cela : il voudrait déjà savoir vivre avec, que ce soit logé profond dans son corps, comme d’autres reliquats qu’il a, en fait, broyés et réduits à l’état de cubes sibyllins autant qu’illisibles. Nombre de ses souvenirs gisent quelque part, là-haut, le hantant sans l’interpeler. Quelques nuits, ils le poinçonnent, très violemment, mais leurs pervers effets se dissipent au matin. Certains jours trop ivres, comme plusieurs des derniers qu’il a vécus, Roderick sent qu’ils se rapprochent, telle une main qui part à la gorge, tels les doigts grêles de sa tante à la sienne.

Il s’assoit sur le bord du lit, ne regarde rien de précis de peur d’y voir une chose qui lui déplairait – à commencer par l’austérité et le deuil qui nimbent toute la pièce. Un soupir borde la bouche avant, plus lourd, de s’en écouler. « Je n’aurais pas dû venir trouver ton père avant de te parler. (Ce seront, à ce sujet, ses seules excuses et elles n’en veulent pas prendre la forme.) Mais tu n’allais pas m’écouter, n’est-ce pas ? Oreste aurait tout de même fait comme il avait prévu, raconte-t-il sur le ton laconique d’une prophétie évidente, et tu te serais retrouvée… on se serait retrouvés, retoque-t-il par diplomatie, en porte-à-faux. » Déjà Kenneth Mulciber s’interroge. Il soupçonne. Il piétine. Une chose ne va pas, encore qu’il ignore quoi. « On va devoir faire avec, au moins pendant quelques temps. » Toute une vie, peut-être, à moins qu’ils ne s’ingénient à rompre les engagements pris, plus tard, par quelque intrigue mieux conçue dès leurs griefs relégués. « On doit pouvoir faire ça si j’arrête de te regarder comme tu dis et si tu cesses, à ton tour, de parler de notre fils comme s’il n’avait jamais existé. » Là de son marché aux termes inhabituels, Roderick se combat pour dresser les pupilles. Il n'y a nulle trace de mépris. Une trainée de colère. Et tout son chagrin.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Ven 22 Déc - 1:24


Ses mots se heurtent au refus, sans surprise. Phaedre ne saisit pas les méandres de la pensée de Roderick. Il est impossible à suivre, changeant d’humeur et d’avis sans signe avant coureur. Elle comprend, Phaedre. Elle le sait, qu’il est perdu. Son geste n’avait d’autre but que de lui ôter un fardeau trop lourd à porter. Il le refuse, et elle fait mine de s’en étonner. Au fond, pourtant, c’est une consolation. Il y a bien longtemps qu’il aurait du savoir. Sa baguette repoussée, elle n’insiste pas. Elle la remet doucement à sa place, l’oreille attentive. Le fils Mulciber formule un semblant de regrets. Il n’en pense rien, elle pourrait le parier. Il n’a pas jugé bon, jamais, d’écouter son avis, au cours de leurs dernières rencontres. Il ne parle que pour apaiser une Phaedre blessée. S’éviter une rancune trop lourde à supporter si elle vient à s’étirer sur des années. Il joue la ruse et elle le laisse faire : après tout, il a déjà gagné cette bataille. Elle sait consentir à sa défaite, même si cette dernière reste amère. Il a fomenté leur avenir dans son dos. La trahison raisonne encore, et la suite du monologue de l’héritier ne fait que raviver ce sentiment. Il y a une heure à peine, elle le surprenait aux côtés de son père, enragée par ce coup de poignard qu’il lui infligeait sans mot dire. Phaedre se tait, mais la pilule passe mal, quand il laisse entendre qu’il l’a fait pour elle. Que sait-il de ses désirs, sinon qu’il les a tous bafoués ? Il enchaîne, et condamne la réplique de la sorcière au silence. Faire avec, dit-il. Et Phaedre le regarde, une pointe d’agacement au fond des yeux. Il n’y a rien qui subsiste de cet attachement qu’ils entretenaient deux ans plus tôt. Maintenant, ils ne font donc plus que tolérer la présence de l’autre. Un soupir pour seule réponse. Elle préfère lui adresser le silence, consciente que chaque parole est une perte de temps. Le duelliste ne dévie pas de sa position. Il s’est convaincu d’avoir la bonne attitude, et Phaedre a beau s’égosiller, il n’entend pas. A sa dernière réplique, pourtant, une lueur d’espoir renait. Peut-être n’est-il pas si borné qu’elle se le représente. Un pas vers elle, si elle en fait un vers lui. Il accroche son regard et elle n’y lit aucune malice.

« Je ne sais pas si je peux te faire confiance… Après tout, il a prouvé plus d’une fois qu’il n’en était pas digne, glisse une voix dans un coin de sa tête, Mais j’imagine que c’est pour le mieux. » Elle quitte un instant le noir de ses yeux, s’approche, et s’installe à ses côtés. La Phaedre d’il y a deux ans aurait aimé le savoir là, si proche, prêt à se noyer sous les draps. Celle d’aujourd’hui n’a plus ce plaisir en tête, et lorsque ses iris se tournent de nouveau vers lui, le doute est la seule émotion qu’on puisse y lire. « Si tu crois que pour moi, il n’a jamais existé, tu fais fausse route. » Un bref silence, pendant lequel elle laisse inconsciemment une main glisser contre son ventre abandonné. Elle aurait voulu braver la colère de son père, supporter les remontrances de sa mère, pourvu que ce ventre s’arrondisse. Elle aurait eu pour lui le courage qu’elle n’a jamais eu pour les autres. Un oeil au mur, ce mur contre lequel elle s’appuya, ce jour-là, et elle déglutit avec difficulté. « Roderick, est ce que… Elle se tait, cherche ses mots, les sourcils froncés, la mine concentrée. Pourquoi tu ne veux pas que je parle du bébé à mon père ? Tu sais qu’il garderait ça pour lui, qu’il aurait trop peur que ça s’ébruite. Une pause, encore. La suite de la question ne sort pas comme elle le voudrait. Elle tourne autour du pot, incapable de s’avouer qu’à cette question, sa propre réponse en dirait beaucoup trop. Si tu le voulais, tu pouvais te sortir de ce mariage, alors pourquoi tu ne l’as pas fait ? » Elle penche la tête vers lui, comme pour s’en rapprocher encore, pour mieux scruter ces prunelles noires, y cherchant le mensonge, la vérité, la part d’ombre qu’elle ne s’explique pas. Elle sonde et guette ce moment où il devra se trahir. Elle devrait faire silence, mais une autre phrase lui échappe. « Tu pourrais avoir n’importe qui, et pourtant tu m’as moi. » Déjà, elle regrette ses mots, sortis à la faveur d’un moment de faiblesse. Elle s'interroge, et ses questions ne trouvent aucun écho. Roderick est le parti le plus enviable du pays. Ces mots ne sont pas les siens, mais ceux de la presse torchon où son portrait est si souvent présent. Vieilles, jeunes, pures ou mêlées, toutes se pressent devant lui et s’imaginent à ses côtés. Des gamines de vingt ans, au sang pur et à la matrice préservée, il pourrait en avoir autant qu’il le faudrait. Plutôt que cette pauvre Phaedre, la trentaine entamée, à la maternité compromise. Il aurait pu se tirer de cette situation délicate, mais il n’en a rien fait. Kenneth Mulciber n’est pas étranger à leur situation, mais s’il avait joué ses pions comme la sorcière lui avait indiqué, il en serait sorti sans encombre. Silencieuse, la sorcière attend, bien moins calme à l’intérieur qu’il n’y parait de l’extérieur.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Sam 23 Déc - 17:20


Elle ne peut pas lui faire confiance. Si Roderick n’est pas traître, il est décevant – une infatigable série de ratés et d’actes manqués sous le déguisement d’une gloire fabriquée. Il brille, éclairé par l’aura de son père, il lutte, tenu par la rigueur de sa soeur. Même lorsqu’il se révèle, sous un augure inattendu et avorté, c’est à Phaedre et à Phaedre seulement qu’il le doit. Alors, et bien qu’il soit sincère, elle a toutes les raisons de se méfier et, Mulciber, aucune de le lui reprocher. Il peut essayer, tâcher de faire son mieux, tenter de sa plus belle volonté… Ils sauront assez vite s’il est capable de dépouiller son regard du dégoût et de l’ire quand il a les pupilles rien que sur son ombre. À son rythme cardiaque qui divague dès la sorcière assise à côté de lui, il discerne que ce sera une chose d’une inextricable difficulté ; un même coeur ne peut haïr avec autant de virulence et en revenir tout à fait. Preuve en est que, s’il lorgne après Phaedre, c’est à demi. Pudique. Troublé. Meurtri. Pourtant, son attention s’aiguise aux doigts qu’il surprend tout le long du ventre. Elle lui paraît soudain si mince, malingre. Roderick se la rappelle nue, guère très longtemps, juste de quoi se souvenir que c’est dans ces sortes d’apparats qu’ils ont commis leur crime.

Puis elle dit son nom et il détourne les yeux. Il ne faisait rien de mal et, néanmoins, se sent fautif. Il va chercher ce mur, comme le défier. C’est un peu plus facile que de répondre à « Pourquoi »
Qu’aurait fait Oreste Rosier du secret ? Pour sûr, il l’aurait gardé. Mais, et après… ? Cette question a longuement occupé Roderick. S'il avait poursuivi l’accord convenu, il aurait risqué une révélation future, quasi certaine, et un scandale d’une telle importance que Kenneth Mulciber n’aurait jamais laissé sa lignée s’en relever. Il aurait très certainement écarté Phaedre (et proposé, comme le devinent les héritiers, sa sœur). Le père de Roderick aurait sans conteste flairé le passe-passe mais qu’importe. Qu’aurait fait Oreste Rosier de sa fille aînée ? Une vie de disgrâce est insoutenable et il suffit d’aller visiter les Lestrange pour se rappeler n’en avoir ni le loisir ni l’envie. Surtout, il y a Ethel. Ethel, et la violence que Roderick sait que les pères font à leurs filles. Ce n'est pas l'unique raison, que la première, le premier « Parce que ».
Un autre consiste à se tourner vers elle, les rétines solidement arrimées aux rétines. Il peut la regarder. La fixer avec intensité. S'il le voulait, il pourrait être libre, libre d'elle, mais : non. Et ses lèvres de se poser au coin des lèvres, d'esquisser un baiser dont on craint la morsure derrière la caresse, les canines derrière la pulpe. L'embrasser, comme autrefois.

Si Roderick est tenté une seconde, et le dessine sérieusement dans ses tempes, il ne bouge pas. Passée cette seconde, il est toujours assis, là, à la scruter, silencieux, presque interdit. N'a dit ni n'a rien fait. 

Il prend finalement conscience de son air stupide et, du même coup, de sa stupidité. « Je sais. On n’arrête pas de me le dire. » Qu’il peut avoir n’importe qui. De la presse à son entourage le plus proche, on l’a tant répété qu’il avait fini par s'en laisser convaincre. Il se serait marié, pas amoureux mais satisfait d’un sort choisi. Plus tard. Pas avec Phaedre. Pour d’autres plaies que celles qu’il arbore désormais. Et, cependant, ça n’est, cela non plus, qu’une illusion de liberté et de libre-arbitre. Tout ce temps, il a été aux ordres du géniteur et il n’est aucune circonstance qui ferait dévier la rivière de sa vie du lit creusé par Kenneth. « Mais puisque ce n’est pas vrai… » Au nom de quoi l'entraînerait-il par le fond, pour dériver d'une union boiteuse à une autre ? Roderick en serait autant marié, puisque ce sont les voeux paternels, mais Phaedre, elle... « Je suis pas aussi salaud que tu crois, finit-il par répondre après qu'il a longuement erré dans ses réflexions intérieures. Et si ça t'aide à l'accepter, disons que je te dois bien ça. » Pour n'accuser ni le ventre ni le mur, le duelliste se jette sur ses jambes. C'est la seule chose à faire, il s'en convainc en progressant vers la porte. « Maintenant, tu devrais me raccompagner jusqu'à la bibliothèque parce que, invité ou non par ton père, c'est inapproprié de se trouver dans la chambre d'une femme à laquelle on n'est même pas encore fiancé. » Avant qu'il ne fasse une chose stupide, ou la chose déjà stupide d'y penser.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Mar 26 Déc - 21:47


Leurs regards accrochés l’un à l’autre, sans ciller, sans rien lâcher. Phaedre, pourtant, croit comprendre qu’ils voient chez l’autre deux choses différentes. Roderick est là, sans l’être vraiment. Presque absent. Perdu dans des pensées qu’il est seul à connaitre, tandis que Phaedre cherche toujours à lire en lui des réponses. Ses questions sont éludées, les réponses, incomplètes. Il livre ce qu’il faut pour ne pas qu’elle insiste, détourne l’attention, et elle marche avec lui. Elle ne veut ni le forcer à des confessions, ni l’agacer encore un peu. Cette paix qui se tisse entre eux est trop fragile pour être malmenée. Alors Phaedre attend, écoute, acquiesce. Mettant à profit des années d’éducation où sa place n’était pas de tenir tête. Pourtant, dans sa tête, les répliques fusent, rarement aimables. Ils ne s’accordent pas sur leur vision des choses. Phaedre pensait naïvement échapper au mariage. Pour Roderick, il n’en a jamais été question. Une part d’elle persiste pourtant à rester persuadée que la vérité aurait pu triompher. Que ce semblant de mensonge est une bien piètre entame à un mariage déjà bancal. Un inconnu, elle aurait pu s’en accommoder. Mais le Mulciber et elle ont un passé commun chargé d’une histoire écrite dans le sang. Il n’y a pas que cet enfant qui occupe son esprit. Son fiancé précédent ne s’est pas fait oublier. Elle n’en dit rien, pourtant. Elle l’a déjà fait, quelques jours plus tôt. Et n’a essuyé que le dédain d’un homme qui ne la croyait pas.

Ce silence, c’est sa reddition. Sa lassitude qui l’emporte, qui laisse à Roderick le soin d’avoir le dernier mot. Peut-être n’en a t-il pas conscience, mais Phaedre a perdu l’envie de lui rétorquer quoi que ce soit. Déjà, elle se félicite d’avoir au moins obtenu de lui un semblant d’excuse pour ce regard qu’il porte sur elle. Une mince victoire, un premier pas vers la réconciliation. Il se lève, et elle sursaute, jamais tranquille lorsqu’il sort de sa torpeur. Elle le suit du regard lorsqu’il passe devant elle, pour le lâcher du regard lorsqu’il passe à sa droite. Ses mains jointes lui semblent être un spectacle plus intéressant. Mais à sa voix, elle sait qu’elle ne peut l’ignorer bien longtemps. Un instant encore, comme si dans un coin de sa tête, elle songe à sa proposition, et elle se dresse à son tour. Les mains sur sa robe, pour défroisser sa tenue, avant de retrouver le chemin des iris de son ancien amant. Ce regard noir posé sur elle ne cesse jamais de l’impressionner. Elle hoche la tête, d’un oui peu concerné, avant d’aller vers lui. Elle passe devant, marche d’un pas bien plus paisible que celui qu’elle avait adopté pour monter, sa main capturant la sienne. Là, elle se contente d’ouvrir la route, supposant qu’il lui a emboité le pas.

Le parquet de la bibliothèque craque de les savoir revenus. Le feu de la cheminée crépite toujours, et la pièce, même ainsi vidée de ses occupants, semble mille fois plus vivante que celle qu’ils viennent de quitter. L’austérité n’a pas sa place. Sitôt entrée, Phaedre fait volte face. Brusque. Un peu trop, elle ne laisse pas le temps à son ancien amant d’anticiper son geste, et établi entre eux une proximité qui n’a pas lieu d’être. Pourtant, elle reste campée sur ses deux pieds, voyant là l’occasion de saisir son regard avant qu’il ne la fuit de nouveau. « Et maintenant ? » Elle attend qu’il lui dise quoi faire. Elle, deux fois fiancée, endurcie à la tâche, résignée au sacrifice. Et elle ne sait pas ce qu’on attend d’elle. Elle, qui n’a rien eu à dire, en dehors de quelques regrets que personne n’a écouté. Il doit savoir, Roderick. Il s'est entretenu avec leurs deux paternels, il a manigancé pour que les choses se fassent. Il doit savoir, il faut qu’il sache. « Combien de temps avant l’annonce ? Où ? Devant combien de personnes ? » Des questions, elle en a mille autres. Épouser un Mulciber, c’est s’afficher en permanence. Elle craint les annonces publiques, la foule qui n’a d’yeux que pour celle qui s’est évertuée toute sa vie à disparaître. Elle se devra d’assister à ses duels. Ses dîners. Cette multitude de cérémonies qu’elle a toujours fuit. De ce calendrier qui l’attend, elle ignore tout. Demain, dans un mois ? L’attente est moins pénible que l’ignorance. « N'élude pas la question, cette fois, s’il te plait. » Le ton est ferme, mais dénué d'agressivité. La suite, en revanche, laisse percer l’amertume. Il la domine de toute sa hauteur, et ses yeux noirs n'en finissent plus d’envoûter Phaedre, mais sa réplique ne montre aucune trace de cette domination naturelle. « Ne me fais pas regretter de t’avoir ramené ici, plutôt qu’à la porte. » S’il n’est bon qu’à répondre à côté, alors il n’est bon à rien.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Jeu 28 Déc - 17:44


Et maintenant, Roderick est à égal désir de l'embrasser et de reculer. Il est si surpris du virage sur le pas de la porte qu'il ne commet ni l'un ni l'autre. Ses pupilles, sombres et neutres, la détaillent, jaugent plutôt la bouche que les mots qui en sortent. Partagé entre l'horreur viscérale et ses vieilles passions, il dresse son regard à garder ses secrets et, enfin, rencontre franchement les yeux de Phaedre. « Je l'ignore, répond-il. »

Il a une vague idée de comment, car ces fiançailles ont à ce point tardé qu'elles ne sauraient éclater que dans le plus pur des tapages. Le père choisira une occasion qui met en relief le fils ou l'organisera en ce sens. n'a presque aucune importance. Quant à quand... « Je ne sais pas, maintient Roderick. » Ce qui est vrai. Comme Phaedre, il en est réduit à de simples présomptions, et même des probabilités. Et le décompte a quelque chose de si vertigineux que Mulciber préfère l'ignorer. « Déjà, ils doivent finir de négocier ta dot. » Cela se résumerait uniquement à de l'argent sonnant et trébuchant si Roderick n'était pas le seul héritier de sa branche. Or, et comme il est entendu qu'Ethel n'obtiendra pas un gallion de la fortune familiale, voilà qui accroit sensiblement la part qui reviendrait, un jour, à Phaedre, et à leur descendance, de même que le fossé entre les deux familles. Kenneth veut sans doute des garanties, des possessions que les Rosier seront forcés de laisser aux Mulciber, le cas échéant. Bien qu'il ait assisté à plusieurs des entretiens entre son géniteur et l'avocat de celui-ci, Roderick s'est abstenu de participer. On ne lui demandait guère ses avis mais des paraphes sur les parchemins. « Peut-être un mois. » Il hausse les épaules. « À la nouvelle année ? Qu'est-ce que ça change ? Tu as des amants à congédier... ? » Aucune jalousie ne transperce car, s'il y pense, c'est précisément qu'il le doit.

Roderick déteste cette échéance au-delà du réaliste. Il se fiche bien de ces femmes, éperdument, toutes autant qu'elles sont et quelle que soit la qualité qu'elles portent. En revanche, c'est un mode de vie – le sien – que l'on jette au feu et qu'il lui faut renier. Son célibat était sucré et confortable, comme son oisiveté, sa liberté, et sa complète insouciance. Puis, un jour, il a eu trente ans et il sera bientôt marié, père (ou non), retiré du duel sportif, et alors quoi ? La pâle copie de Kenneth Mulciber, et rien d'autre, jusqu'à ce qu'il daigne mourir et tout lui abandonner.

Comme une bulle d’orgueil explose en-deça du coeur, Roderick dépasse soudain Phaedre par le côté et s’occupe à ce qu’il ne fait certes jamais : frayer parmi des étagères bardées de livres. Il ne fait pas corps avec le décor d’une bibliothèque, et c’est bien le dernier endroit où on le voyait à Poudlard. Il préférait le stade de quidditch, la salle temporairement allouée aux duels et n’importe recoin où se battre contre un mannequin de chiffon et de métal. Néanmoins, Roderick laisse traîner ses doigts de sombre ignorant sur la tranche de chaque ouvrage et se complaît dans son petit ego chaque fois qu’il reconnaît le nom d’un auteur (ou croit le reconnaître). « Ce sera certainement un duel chiant à mourir pour nous deux. » Tandis qu'il suppose au plus probable, Mulciber ne jette pas un regard en direction de Phaedre et poursuit son inspection de l'héritage littéraire des Rosier. « Pour toi, car tu devras faire semblant de trouver ça passionnant. Pour moi, car je devrai faire semblant de trouver ça... difficile. » Il se tourne finalement vers elle, traversé l'incertitude. « Ce sera assez différent du soir où tu as accepté de danser avec moi. » Il la défie, un peu, de prétendre qu'elle n'y a pas repensé. « Il y aura tes parents, les miens... (Imogen Mulciber feindra de se souvenir qu'elle a eu un fils.) Puis nous aurons les trois ou quatre mois de planification du mariage pour trouver le moyen de se toucher sans être dégoûtés. » Ou, et comme cela doit trotter dans l'esprit de Phaedre comme dans le sien, ils auront ce temps pour trouver le moyen d'être libérés l'un de l'autre.
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Sujet: Re: we were only as happy as they allowed us to be.   Ven 29 Déc - 1:12


Et s’il disait vrai ? Et s’il n’était pas mieux lôti qu’elle, dans ce jeu d’alliances auquel s’adonnent leurs pères ? Phaedre tremble de se sentir si désarmée. Jusqu’au bout, on la tient à l’écart. Même son propre mariage est une machinerie trop complexe pour qu’on juge bon de l’y associer. Elle ne sera bonne qu’à acquiescer, le moment venu. A quoi ? Elle l’ignore. Roderick, oui. Et après ? Cette dot qu’il évoque, ça n’est pas de son ressort. Des enjeux qui la dépassent, des sommes qui lui donnent le vertige. Son corps est une monnaie d’échange comme une autre. Ca n’est pas Phaedre qu’on marie. C’est un ventre, un avenir. La promesse d’un sang renouvelé. Elle n’apprend rien, connait son rôle sur le bout des doigts. Ca n’est pas lui qui l’inquiète, c’est le faste qui entoure l’événement. Il n’y a que la grandeur qui compte, pour Kenneth Mulciber. L’art de faire parler, de susciter l’envie. Il n’envisagera rien d’autre que ce que Phaedre cherche à fuir. Si les questions de la sorcière semblent si superficielles, c’est parce qu’elle connait déjà les réponses de celles qu’elle n’a pas formulé. Mais même à celles-ci, Roderick répond avec ses provocations habituelles. Les yeux au ciel, Phaedre rétorque. « Tu as peur que l’histoire se répète, maintenant que tu joues le mauvais rôle ? » Illusion à peine voilée à leur passé commun. Il était l’amant, elle était la fiancée. Il a tué pour elle, ou malgré elle, qui sait vraiment.

Il s’aventure au milieu des livres, passe son doigt sur les reliures. Il ne dupe personne, dans sa tentative de détourner l’attention. Phaedre le laisse faire, peu soucieuse d’accrocher son regard, tant les paroles qu’il déverse lui sont difficiles à entendre. Elle ne veut rien de ce qu’il a à offrir. Ni spectacle, ni mise en scène. Combien seraient ravies de jouer cette comédie ? Combien, qui ne sont pas Phaedre Rosier ? A l’écoute de ce jeu de rôles qu’on leur imposera sans doute, elle ne cache pas la grimace qui passe sur son visage. Les bras croisés contre sa poitrine, elle laisse son imagination divaguer à l’écoute du probable scénario. Et s’emporte sans un mot, de l’entendre poursuivre, sentant cette fois son regard posé sur elle. Deux ans passés depuis leur brève romance, et le marasme qui les entoure n’est guère glorieux. Le karma les a rattrapé. Juste retour de bâton, pour ceux que plus rien n’unit, désormais, sinon la mort. Cette affection qu’elle entretenait pour lui, et qui revient parfois à la charge, quand il pose ses yeux sur elle, s’étiole à chaque mot qui laisse entrevoir le fond des pensées de l’héritier du clan Mulciber.

Il ne l’aime pas, il la méprise. Et Phaedre de se demander encore comment ils ont pu en arriver là. C’est injuste, terriblement. Ce jugement qu’il porte sur elle, ce crime qu’il lui fait endosser. A l’entendre, elle a commis un infanticide. La jeune femme veut bien lui laisser le temps d’accepter sa paternité avortée. Mais Roderick dépasse les limites, en rajoute dans l’indignation. Jusqu’à tomber dans l’indignité. Dans un souffle amer et las, elle laisse parler son impatience devant l’immaturité du père de son enfant. « Comment j’ai pu tomber sous ton charme ? Tu ne vois pas à quel point tu es ridicule ? » Elle souligne ce dernier mot, insistante. Elle espère qu’il le blesse, que ce coup porté lui soit aussi douloureux que le mal qu’il éveille en elle. Ça n’est rien, sinon qu’un mot lâché par dépit. Pas même une insulte, juste un constat, un regret qui franchit ses lèvres. Ridicule, elle aussi. Et pourtant, c’est ce qu’elle a de mieux à donner. « Tu crois que tu me dégoûtes ? Ou tu dis ça simplement pour ne pas dire autre chose ? » Quelques minutes plus tôt, il jurait de faire un effort. Sa parole n’aura compté que le temps de changer de sujet. Phaedre n’est pas surprise, elle est peinée, indignée de n’être que cette ancienne amante dont la présence est insoutenable. Elle aspire à mieux qu’à provoquer des hauts le cœur.

Et toujours, elle s’insurge devant ce portrait qu’il dresse d’elle, à mi-mots, se cachant derrière ce bas prétexte de l’homme blessé. Il est lâche, avant d’être attristé. Incapable de voir au delà de sa propre rancœur. Il ne mérite pas la compassion, pas plus que la complaisance. Phaedre, piquée à vif, ne compte pas partir sans avoir déballé un peu de son amertume. « Je voulais nous éviter ce mariage par peur de ne pas t’offrir ce que ta famille attend de toi. Sa voix se brise, ses confessions se font plus vibrantes qu’elle ne le voudrait. Incapable de maîtriser le flot de paroles qui menace de jaillir. Tu ne me dégoûtes pas, tu m’effraies. Toi, ta famille, ton enfant. Regarde où ça m’a mené de tomber dans tes bras ! » Un fiancé, un bébé, l’estime familiale. Envolés de s’être éprise d’un Mulciber. Il ne reste de Phaedre que cette enveloppe tiraillée entre honte et désespoir d’avoir gâché les attentes placées en elle. La fille d’Oreste n’est qu’une vaste tromperie qui peine à maintenir l’illusion. Et ce mariage, même s’il n’est pas de son fait, s’il est incontournable, alors elle le fera sien. Et Roderick, sa rancoeur et ses affronts n’y pourront rien changer. Son cri du coeur achevé, elle inspire un grand coup. Un masque sur les traits résignés. « Je ferais ce que me dicteront mon père et mon devoir, le moment venu. Parce qu’elle ne peut lutter dans le vide, elle abdique pour de bon. Mets à profit ces quelques semaines :rends-nous service, et grandis un peu. » Un bref instant, et elle tourne les talons, quittant la pièce pour s’enfoncer dans les profondeurs de la maison familiale. C’est terminé.


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