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 de battre mon coeur s'est arrêté (saga)

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Cordelia Mulciber
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Sujet: de battre mon coeur s'est arrêté (saga)   Mer 6 Déc - 1:40


Devant la porte de la boutique, Cordelia hésite et trépigne. Plusieurs fois, elle comble les trois pas qu’il lui manque pour pouvoir pousser la porte avant de battre en retrait. Elle ne sait pas vraiment ce qui l’effraie autant à l’idée de pousser la porte de cette boutique modeste. Mais, depuis son retour, il y a cette peur crasse et lourde qui ne la quitte jamais vraiment et qui l’empêche de tout. On ne peut imaginer la difficulté de revenir dans le monde des vivants après autant de temps passé dans celui des morts – et l’expérience n’a rien à voir avec celle d’être un fantôme. Pour autant qu’elle sache, dans sa cage d’os, un cœur bat à nouveau, ses poumons se soulèvent et s’affaissent tandis que l’oxygène y pénètre, l’hémoglobine coule à nouveau dans ses veines. Tous médicomages l’affirmeraient sans en douter : elle est vivante. Et pour ce qui est de l’âme, personne ne s’en soucis vraiment. Alors, elle oublie qu’elle a des absences, s’efforce de prendre ses marques dans ce monde qu’elle reconnait pas. Cordelia prend son temps pour se réapprendre ; il lui semble que tout son temps y passe vainement. Elle est vivante, oui et ne s’est jamais sentie aussi peu existante.

Rien ne l’interdit de quitter le manoir Mulciber, et depuis peu, elle s’autorise à quitter les murs étrangement rassurants de cette maison qu’elle a toujours haï pour retourner dans le monde. Tout l’étonne et la choque, tout la surprend et l’intrigue, Cordelia est partie alors que le monde avait une toute autre face. Cent ans auraient pu s’écouler que l’effet ne serait pas différent. Et puis, et surtout, il y a Roderick qui l’évite avec un soin insultant. Cordelia n’a pas de mot assez fort pour dire combien cela lui pèse et la meurtrie. Chaque fois qu’il passe les portes – parce qu’il le doit et non pas parce qu’il le désire, sans aucun doute – elle espère qu’il montera. Elle entend parfois les pas dans le couloir et des coups légers frappés sur la porte. Et il est chaque fois plus douloureux de constater que c’est son esprit qui a imaginé la scène, qu’une fois de plus, il n’est pas venu. Chaque fois qu’il ne se présente pas à lui, ça lui fait l’effet particulièrement réaliste de lames qu’on lui enfonce à tous les endroits possibles dans son corps. Alors, elle s’est mise à le suivre. Deux fois, en réalité, et la seconde fois l’a menée devant cette porte close qu’elle n’ose pas pousser.

Il faudra bien, pourtant, ou alors elle devra faire demi-tour. Elle n’aimerait pas qu’on raconte que la cadette de Kenneth Mulciber perd complètement les pédales, elle n’aimerait pas avoir à se justifier devant son frère si soucieux des racontars concernant sa famille. Sept mois ont suffi à Cordelia pour constater qu’il n’aime que ce qui ajoute au faste de la famille. La vie de Roderick, c’est à travers les journaux et tabloïds qu’elle la suit et l’apprend.

Finalement, fatiguée et lasse de ses tergiversation qui n’en finissent jamais, elle entre.

Ce qu’elle pensait y trouver ? elle ne sait pas vraiment. Sûrement pas le petit cabinet d’une potioniste visiblement prise dans la lecture d’un ouvrage passionnant. Prudente, elle avance et observe silencieusement l’endroit. Qu’est venu chercher Roderick ici ? Elle voudrait qu’on le lui dise, qu’on lui explique ce soudain silence, ce mépris. Mais comme les miracles n’existent que lorsqu’il s’agit de faire revenir les morts à vies, elle se perd dans la contemplation des fioles et de leur contenu, parfois colorés, parfois translucides, parfois épais, parfois aériens. Ca lui pique en dedans, ça lui jette en pleine figure que même une potion, elle ne pourrait plus réussir la plus basique. Et alors qu’elle manque de défaillir, elle se rattrape de justesse au coin d’un étal. Le cœur qui lui bat dans les tempes et la gorge, elle s’assure que personne n’a rien vu de cette faiblesse passagère et, par réflexe, affiche l’expression fière de ceux que rien ne peut atteindre de par leur statut. Et comme la femme l’observe à présent, elle prend les devants. « Je cherche une potion pour le sommeil, elle dit. »

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Saga Merrick
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Sujet: Re: de battre mon coeur s'est arrêté (saga)   Mar 12 Déc - 1:56


Elle le connaît presque par cœur, ce petit ouvrage dont elle parcourt avec attention les lignes. C'est qu'elle cherche quelque chose, un détail, un souvenir qui lui est brièvement revenu il y a peu. Dans sa quête d'une potion pour la Rosier et son souci de magie, elle se surprend à tenter des mélanges qu'elle n'aurait jamais envisagé auparavant, à réfléchir d'une manière différente. Comment aider quelqu'un qui n'est plus tout à fait vivant, comment comprendre la manière de lui rendre sa magie ? C'est tout un univers de possibles qui s'ouvre, à la fois fascinant et terrifiant. Saga n'y a pas résisté longtemps, à cette tentation qu'exercent sur elle les mystères de ce nouveau pan de la magie, aussi dangereux soit-il. Mais elle n'a guère d'informations, et rien qu'un seul sujet d'étude, la jeune Maebh Rosier. Drôle d'histoire en vérité, curieux choix qu'a fait cette sang-pure de venir demander de l'aide à une inconnue. C'est si souvent ce qui manque aux plus grands, la discrétion d'une misérable échoppe, et le silence des plus petits. Ce n'est pas ici que le mot arriverait aux oreilles de qui que ce soit, même contre quelques gallions de plus. Saga n'y a aucun intérêt et risquerait de perdre bien plus que de l'argent à ce jeu là.

Depuis la visite de Roderick, elle a presque réussi à effacer de son visage les signes de son passage. Il y a toujours cette sorte de léger vague à l'âme dont elle n'arrive pas à se débarrasser, et qui la rend plus calme et mesurée qu'elle ne l'a jamais été. Elle devine qu'Horace l'a remarqué mais il ne dit mot, trop fatigué par la maladie pour reprocher à son employée ce manque de dynamisme. De toute manière, elle sait que cela passerait, qu'il ne lui faut que du temps pour à nouveau tout enterrer. N'est-elle pas une femme accomplie, à des lieux de l'enfant d'autrefois ? C'est ce qu'elle se répète tel un mantra, dans l'espoir de chasser les fantômes.

Elle ignore que c'est une autre sorte de fantôme qui passe la porte de la boutique, et quand enfin elle arrive à lever les yeux du livre, c'est pour découvrir cette inconnue qui s'avance avec... méfiance ? Précaution ? Elle semble se mouvoir comme dans un magasin de porcelaine et Saga ne peut s'empêcher de la suivre d'un œil curieux, s'interrogeant sur ce qu'elle cherche. Elle croit la voir légèrement vaciller, et s'apprête à lui demander si tout va bien quand l'autre la devance. Refermant doucement le livre, elle fait le tour du comptoir en s'approchant, un sourire poli se dessinant sur ses lèvres. « Nous en avons de plusieurs sortes. Certaines sont très puissantes et à utiliser avec précaution, d'autres plus douces... » Elle passe à coté de la brune et s'arrête près d'une étagère, y saisissant deux fioles de tailles différentes mais dont le contenu se pare du même gris pâle. « De quel trouble du sommeil s'agit-il ? » Une potion dans chaque main, elle s'approche et l'interroge du regard, sans pouvoir s'empêcher de noter le charme de ses traits. Peut-être la question est-elle un peu abrupte, mais sans réponse elle ne pourrait guère l'aider. La blonde tente de ne pas détailler l'inconnue, mais la curiosité lui dicte d'en savoir plus ; car reste à savoir ce qui se cache derrière les apparences – ce qui s'échappera de ces lèvres si élégantes.

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Cordelia Mulciber
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Sujet: Re: de battre mon coeur s'est arrêté (saga)   Mer 13 Déc - 2:29


Un moment, bref, Delia contemple le vide, sans bien comprendre ce que lui raconte la jolie blonde qui se tient devant elle, un sourire discret posé sur les lippes et le regard certes un peu éteint. Et il lui faut un temps pour raccrocher avec la réalité. La potion pour le sommeil, oui. La boutique de potions. La Mulciber cache son trouble, tant bien que mal ; elle ne s’habitue toujours pas ces absences passagères et imprévues. Rapidement pourtant, l’habitude pour aider, elle se compose à nouveau une figure et une prestance pour dissimuler son malaise. Son air froid et distant de bourgeoise collé au visage, la brune s’ancre comme elle le peut dans le présent, le réel avant de répondre d’une voix un peu cassée. « Pardonnez-moi, je suis éreintée. Je dors très peu, très mal. J’ai un sommeil agité, quand j’arrive enfin à dormir, c’est à peine une paire d’heures. Et … je suis épuisée, elle confie finalement dans un souffle. » Et c’est quand elle prononce les mots qu’elle se rend compte à quel point c’est vrai, et à quel point c’est éprouvant. Mal à l’aise, elle passe une main dans ses cheveux, peu accoutumée à s’attarder sur les états de son âme, encore moins à les étaler ; et ce surtout face à une totale étrangère. On ne lui a jamais appris, à Delia, à compter sur les autres, à se confier, même brièvement, même si elle ne reste qu’en surface. La confiance en autrui ne s’apprend pas dans les salons mondains que Kenneth Mulciber adore et organise. Si elle est honnête, jamais Cordelia ne s’est jamais autant sentie vulnérable que les dernières semaines, depuis son retour. Constamment sur la défensive, à tenter de redevenir celle qu’elle fut, de combler les dix-sept années manquant au compteur et d’apprivoiser ce monde qui lui semble vain, fade et monotone.  Et les pensées qui lui tourne dans l’esprit sans lui laisser de répit mangent les dernières miettes de force qu’il lui reste. Alors, bravement, chaque jour, elle puise dans des réserves au plus bas pour continuer à maintenir l’illusion. Alors oui, Delia se sentait épuisée. Elle voulait juste dormir, fermer les paupières et se laisser partir. Et souvent, elle espérait ne jamais revenir.

Alors, quand les yeux de la vendeuse accrochent les siens, elle s’y arrime quelques secondes, comme à une attache dans la réalité. Peut-être que de si beaux yeux, ça peut valoir la peine de revenir, finalement. Pour ce doux sourire aussi, ce pli au coin des lippe, aussi... Le trouble la prend, et gênée, Delia s’écarte légèrement, imposant un espace qu’elle juge respectable et essentiel entres elles deux. « Donc. Oui. Je voudrais juste dormir. » Elle désigne les fioles du bout des doigts. « Ca m’aidera ? » Delia déteste ce manque de contrôle total sur la situation. Elle est bien trop habituée à être dans la position où elle maîtrise la conversation du début à la fin, puisqu’il s’agit – s’agissait – le plus souvent de mondanités creuses, de personnes qu’elle connait – connaissait. Delia déteste voir sa vie lui échapper totalement sans qu’elle ne puisse rien y faire.

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Sujet: Re: de battre mon coeur s'est arrêté (saga)   Jeu 21 Déc - 22:41


L'écoute-t-elle seulement ? À son regard qui ne la voit pas tout à fait, Saga est saisie d'un doute. Elle est à la fois rassurée et inquiète, quand la demoiselle paraît soudain retrouver ses esprits, s'habillant d'un masque lisse. Ses barrières, qui s'étaient légèrement abaissées à force de curiosité et d'attraction, s'érigent aussitôt quand elle reconnaît là le plumage des nobles, le menton droit de ceux qui se savent supérieurs. Peut-être fait-elle seulement face à une femme dotée d'une grande fierté, mais son instinct l'induit rarement en erreur... Quand l'inconnue répond enfin, la tension ayant saisi Saga s'envole, remplacée par une émotion peu familière : la compassion. Elle lutte contre cette réaction qui n'a rien de raisonné. Chacun porte son fardeau, après tout, et les souffrances silencieuses de cette femme n'ont rien à voir avec elle. D'ailleurs, plus celles-ci resteraient loin d'elle, moins elle en serait affectée. Ce que l'esprit tente d'imposer, le coeur n'écoute cependant pas, puisqu'elle continue de nourrir ce besoin de l'aider d'une manière ou d'une autre.

Elle en a vu bon nombre, des clients manquant cruellement de sommeil. Pourtant, jamais aucun ne l'a touché de la sorte. Jamais aucun n'a suscité chez elle cette impulsion, cette envie de s'avancer pour la soutenir et la guider jusqu'à l'un des fauteuils, où elle pourrait peut-être trouver un peu de répit. Elle est presque vexée de voir la cliente reculer, juste assez pour ne plus être à portée de bras. A-t-elle laissé transparaître trop, trahis l'attraction ? Un sourire gêné aux lèvres, elle détourne les yeux, de crainte de la faire fuir plus encore. « Oui, bien sûr. » À gestes prudents, elle repose la potion la moins puissante sur l'étagère puis lui montre l'autre. « Avec celle-ci, vous dormirez forcément. Mais je dois vous mettre en garde. » Les billes bleues la fixent de nouveau, dans l'espoir qu'elle comprenne l'importance de ses mots. « Les ingrédients qu'elle contient ne sont pas anodins, et peuvent induire l'addiction. » Avec un soupire, elle la lui tend.

D'ordinaire, Saga se serait arrêtée là ; serait retournée au comptoir, aurait annoncé le prix et laissé la cliente partir sans autre chose qu'un « bonne journée » poli. Les mots la tracassent, se glissant au bord de ses lèvres, et elle finit par céder bien qu'ils n'aient rien de très professionnel. « Mais si je peux me permettre, il serait peut-être plus efficace de traiter l'origine du problème. » Les bras croisés, elle ne cache plus l'inquiétude sur ses traits, abandonnant le masque commercial. « Si c'est possible. » Elle retient un nouveau soupire, se fustigeant déjà. Quelle sotte, de lancer de telles inepties. Les yeux qu'elle lève vers la brune trahissent ses remords, la blonde se mordillant la lèvre avec nervosité dans l'attente d'une réaction sans doute offusquée.


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Sujet: Re: de battre mon coeur s'est arrêté (saga)   Mar 26 Déc - 1:41


L’inconvenance de son comportement ne la heurte pas immédiatement. C’est une évidence crasse qu’on ne fixe pas ainsi une inconnue à peine rencontrée ; elle pourrait réciter douze règles de bienséance et d’étiquette sur le même ton que chacun des précepteurs qui l’ont instruite. Et pourtant, les iris de Cordelia ne se détachent pas vraiment des deux orbes bleus posés sur elle, sauf pour dévier vers la courbe des lèvres ou le creux de la nuque. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle se plait à se perdre dans ce regard doux et amical. Elle hoche la tête, prêtant une attention moindre aux recommandations pourtant importantes de la potioniste  ; l’esprit de Cordelia s’est envolé lors que les lippes se sont séparées pour former des mots. La sensation lui fait un effet étrange, c’est un sentiment qu’elle n’a plus éprouvé depuis longtemps. Depuis son retour, bien sûr, mais bien auparavant. C’est à la fois déroutant, enivrant et effrayant de retrouver le goût et les impressions des premiers émois – car si Cordelia ne le réalise pas encore, c’est bien à ceux-ci qu’elle succombe doucement. Alors, avec une joie rentrée, elle se souvient des sensations dans le corps et dans l’esprit, l’impression de picotement au bout des doigts, l’étrange émotion qui lui tord le ventre et l’envie stupide de sourire qu’elle retient par un effort de volonté incroyable. Si elle prend le temps de fouiller sa mémoire, elle se remémorerait de quelques moments volés, durant la guerre, au détour d’un couloir et de regards échangés. Libérée de ses engagements par la fin brutale de son mariage, Cordelia s’est même par moment laissée aller dans les bras d’un homme ou d’un autre. Au jeu de la séduction, elle savait y faire, puisque toute son éducation n’avait qu’un but : lui apprendre à briller en société et plaire. Alors, elle maîtrisait à la perfection l’art de rire à la moindre tentative désespérante d’humour, entretenir des conversations vaines et plates ou au contraire, riches et agitées. L’ombre de Kenneth planait déjà sans cesse, aussi choisissait-elle ses rares amants parfois uniquement pour provoquer son aîné qui ne pourrait jamais rien y faire sans jeter l’opprobre sur sa famille. Et en de rares occasions, ce sont ses pairs qui ont retenu son attention, mais jamais n’a-t-elle osé aller au-delà des jeux insouciants et des défis stupides. De son temps, après tout, les femmes n’allaient qu’avec les hommes et il lui aurait été impossible de concevoir l’inverse, quand bien même en a-t-elle rêvé.

Ses yeux retracent rigoureusement la courbe de la mâchoire après s’être attardés sur le tracé des lippes et le sourire espiègle qui s’y cache et qu’elle devine (et voudrait voir éclore, enfin). Les billes ricochent ça et là et grappillent le moindre détail, comme la finesse des doigts qui tiennent encore la potion, la pâleur de sa peau et les boucles claires des cheveux. Cordelia n’en montre rien, mais elle s’immerge avec un rare plaisir dans les rémanences de sa mémoire, avant que la voix de la jeune femme ne la rappelle à d’autres réalités. L’instant n’a duré que quelques secondes, mais il lui semble qu’elle sort d’un songe bien plaisant quand elle sourit doucement et poliment à la blonde. La bouche s’ouvre, comme pour parle, mais rien sauf un rire gêné n’en sort ; son cœur rate un battement quand elle croise à nouveau le regard de sa vis-à-vis qui vient, ni plus ni moins, de l’inviter à la confidence.  « Je… , elle tente doucement, mais n’ajoute rien. » Que pourrait-elle bien dire, de toute façon ? Qu’elle revient à la vie après dix-sept années de silence, que son sommeil la fuit autant qu’elle le recherche et fouille sa mémoire à la recherches des éléments lui permettant de comprendre ou de savoir, dire qu’elle fuit de la même façon le sommeil par craintes des cauchemars qui hantent ses nuits ou simplement à cause d’une peur viscérale qui lui ronge les entrailles et lui rogne l’esprit ? Le silence s’étire quelques secondes qui lui paraissent une éternité, puis elle se reprend. Mais, ne rien répondre ou éluder mettrait un terme à l’entrevue, et une part de Cordelia ne s’y résout pas. « J’apprécie votre sollicitude, merci, répond-elle alors une main pour se poser sur l’épaule de l’autre et qui s’en détache presque immédiatement. Excusez-moi, c’était grossier et particulièrement familier !  (comme si la scruter comme elle venait de passer quelques minutes à le faire en l’était pas….) Disons… je pense que c’est en partie à cause de… tensions familiales. Je reviens d’un long voyage et je pensais retrouver une place parmi les miens. Mais il semble que tout le monde n’est pas prêt à accepter mon retour. C’est… pesant en plus d’être blessant.    Une demi vérité, voilà tout ce qu’elle peut offrir pour l’instant.»

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Sujet: Re: de battre mon coeur s'est arrêté (saga)   Mer 10 Jan - 23:31


Elle se sent examinée, Saga. Mais pas comme elle en a l'habitude. Ce n'est pas qu'on la regarde comme une bête de foire, qu'on s'apprête à rire et à la désigner du doigt en crachant, sang de bourbe. C'est entièrement autre chose, et ça n'a rien de désagréable. Sans doute comme elle s'est permise de l'observer avec plus d'attention qu'elle n'aurait dû, l'inconnue fait en quelque sorte de même. Rassurée de n'avoir pas rêvé, de n'avoir pas imaginé cette inattendue alchimie, l'ombre d'un sourire se dessine sur ses lèvres à mesure qu'elle parle. Elle se permet des folies, en suggérant de soigner l'origine du problème, mais au fond elle ne regrette pas vraiment. Il n'y a pas assez d'indifférence en elle, pour que cette cliente là s'en aille ainsi, la potion à la main. Elle ne sait pas tellement ce que c'est, Saga, que de voir le repos se refuser à elle ; mais elle imagine sans peine. Quel genre de songes habitent l'esprit de cette femme ? Elle ne semble pas avoir plus de trente ans, et elle s'interroge malgré elle. Son âme est-elle en peine d'avoir vu trop d'horreurs ? C'est le plus commun des maux, après tout.

Le rire embarrassé de la brune lui rappelle l'inconvenance de sa question, et en la voyant hésiter plus longuement, elle s'apprête à s'excuser, à retirer son indiscrétion. L'autre est plus rapide cependant, brisant le silence gênant de sa voix plaisante. Saga ouvre des yeux surpris en sentant sa main se poser sur son épaule. « Ne vous excusez pas. » À peine un murmure, car elle ne sait comment la retenir, lui montrer que ce contact était le bienvenu. Alors elle se tait pour mieux écouter, une expression plus sombre se dessinant sur son visage à mesure que la brune s'explique. Son histoire a quelque chose d'étrange aux yeux de Saga, mais pas parce qu'elle manque de sens ; simplement, elle n'a jamais connu ce genre de choses. Ses parents, c'est elle qui les avait rejeté en premier lieu, avant de réaliser plus tard son erreur et l'amour qu'elle leur portait. De tous les êtres au monde, ils sont à la fois les plus coupables de son malheur, mais aussi les seuls sur lesquels elle sait pouvoir compter. Ainsi, être rejetée pour une longue absence lui paraît absurde, insensé. Elle fronce légèrement les sourcils, cherchant les mots. Aider les autres n'a jamais été son fort, alors elle opte pour la franchise. Dans certaines situations, elle sait qu'il est à proscrire d'être honnête ; d'ailleurs, face à une femme comme celle-ci, son instinct lui aurait d'ordinaire soufflé de garder ses pensées pour elle. Alors quel genre de magie la pousse à n'en faire qu'à sa tête ? « Ne devraient-ils pas être heureux de votre retour ? » Pensive, elle laisse s'échapper à voix haute ses réflexions. « C'est vrai qu'il faut parfois du temps pour se rendre compte d'à quel point on tient à quelqu'un. » Le sourire qu'elle offre avec ces mots est maladroit mais sincère. Saga se veut rassurante, un registre qu'elle ne maîtrise guère. Elle se penche légèrement, comme pour faire une confidence : « Mais peut-être que vous éloigner un peu d'eux vous ferait du bien. » Un sourire entendu joue sur ses lèvres. « Ou au moins, du bien à votre sommeil. Si j'étais vous, je serais vraiment prudente avec ces choses là. » En haussant les sourcils, elle désigne la potion dans les mains de la brune. Sans doute se permet-elle beaucoup trop, mais cette fois, elle ne cherche pas à éviter son regard. Qu'elle soit damnée si elle fuyait cette chance, aussi inespérée soit-elle.


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